Ca donnerait quoi si on prenait des cours de cerveau ?

Ça donnerait quoi si on prenait des cours de cerveau

par Kevin Finel TEDxVaugirardRoad

Transcription de la vidéo.

Quand j’étais tout petit, je jouais du piano et j’adorais cet instrument.
Enfin, surtout au début.
Parce qu’ensuite, très rapidement j’ai été au conservatoire, et deux fois par an, il y avait des examens.
Il fallait préparer pendant plusieurs semaines un morceau qu’on allait jouer devant un jury,
voire même devant un public, et à partir de là, jouer du piano pour moi est devenu avant tout une sensation de stress.
Je me rappelle que j’avais une prof que j’adorais.

Elle était très souriante, très enthousiaste, et un jour, juste avant un examen, elle m’a mis les mains sur les épaules, elle m’a regardé droit dans les yeux, et elle m’a dit :
« Surtout ne stresse pas. »
(Rires)
« Surtout ne pense pas au stress. »
Alors, je vais vous le faire.
Je vais vous demander là par exemple, de ne pas penser à votre respiration, voire même,
de ne surtout pas retenir un chiffre qui n’aurez aucune importance pour vous, par exemple le chiffre 834.
(Rires)
N’imaginez pas un huit, un trois et un quatre.
Ne le gravez pas à l’intérieur de vous.
Il ne faudrait surtout pas que vous vous endormiez en pensant à ce chiffre, en rêver la nuit, voire peut-être vous réveiller avec.
(Rires)
Du coup, je vais vous proposer un petit silence pour ne pas le mémoriser vraiment intérieurement.
(Rires)
Vous imaginez bien que ça n’a pas du tout marché quand elle m’a dit ça.
Voire même, ça m’a centré sur mon stress.
Je l’ai ressenti de plus en plus.
J’étais très heureux à ce moment-là.
Cette prof était très, très bienveillante, mais vous savez, il y a un dicton qui dit :
« L’enfer est pavé de bonnes intentions. »
Elle était tellement chargée de bonnes intentions.
Elle venait de me faire une suggestion mais elle n’avait aucune idée du fonctionnement du mental et du cerveau.
Pour ma part, il a fallu que j’attende des années et des années avant de pouvoir retoucher un piano en y prenant du plaisir.
C’est après le conservatoire que c’est revenu.
Alors, j’en ai tiré deux idées :
la première, c’est qu’on ne sait pas très bien comment fonctionne notre cerveau.
et évidement, nos parents, nos enseignants n’en ont absolument aucune idée.
Ils essaient de bien faire mais ils n’ont pas les moyens de faire bien.
Et la deuxième idée, c’est que si on n’apprend pas à contrôler notre cerveau, c’est lui qui nous contrôle.
Vous savez, dans notre éducation, on nous demande la plupart du temps d’apprendre à nous contrôler, à nous maîtriser, à canaliser notre attention.
On nous demande de faire tout un tas de choses
mais à aucun moment quelqu’un nous dit : « Voilà comment ça fonctionne. »
On est un peu livré à nous-mêmes.
On nous dit qu’on devrait être rationnel, qu’on devrait prendre des décisions logiques,
mais la plupart du temps, dès qu’on a une émotion, notre raison est balayée.
On n’est pas des êtres rationnels.
On est avant tout des êtres émotionnels.
Prenez quelqu’un qui a une phobie par exemple.
Quelqu’un qui a une phobie de l’avion, avant de monter dans un avion, vous pourriez pas exemple lui expliquer très sereinement que l’avion est le moyen de transport le plus sécurisé du monde.
(Rires)
Qu’il n’y a aucun risque à monter dans cet engin-là…
Je pense qu’il vous regarderez avec encore plus de colère dans les yeux en vous disant :
« Je sais bien. Ce n’est pas du tout ça, le problème. »
La raison ne suffit pas.
On n’arrive pas à canaliser nos émotions avec la raison.
Au delà même des émotions et de ce genre d’émotions, on s’aperçoit que notre cerveau, la plupart du temps,
a des fonctionnements qui ne sont pas tout à fait adaptés à notre vie sociale moderne.
On pourrait prendre plein d’exemples de ça.
On parlait du stress par exemple, mais le stress à la base est une bonne réaction.
Dans la nature, quand il fallait courir très vite, c’était très bien que le sang descende dans nos jambes
et qu’on ait le réflexe de partir.
Le problème, c’est que beaucoup de situations, un examen, un entretien d’embauche et autre, ne nous demandent pas vraiment de partir en courant.
(Rires)
La situation n’est plus tout à fait adaptée.
Imaginez une petite route de campagne la nuit.
Il y a un lapin qui traverse la route, et il a y une voiture qui arrive pleins phares.
Pour ce lapin, il y a un réflexe qui est logique, parce que ça fait des centaines et des centaines de générations de lapins que a été mise au point une réaction très précise devant un prédateur : se figer.
(Rires)
Faire le mort.
Sauf que ce lapin ne sait pas très bien ce qu’est une voiture.
La voiture le renverse.
C’est révoltant !
Mais ça veut simplement dire que c’est un fonctionnement archaïque.
Alors heureusement, on pourrait rééduquer notre cerveau.
On pourrait réapprendre de nouveaux fonctionnements, modifier nos perceptions, modifier nos réactions.
mais ça nous demanderait que quelqu’un nous apprenne comment ça fonctionne.
Je ne sais pas si ça vous fait la même chose, mais moi je trouve ça assez étrange qu’on ait tous passé plus de temps à apprendre à nous servir d’un ordinateur, d’un téléphone, d’un téléviseur, que de ce qui flotte entre nos deux oreilles.
Surtout que maintenant, on commence à avoir des idées sur ce fonctionnement-là.
Avant, on pouvait dire qu’il y avait des manques et que c’était que l’intuition et peut-être des choses un peu bizarres, mais aujourd’hui, les neurosciences, la psychologie sociale, la psychologie cognitive commencent à cartographier tout doucement le cerveau.
On est loin de tout connaître mais on a déjà des idées qui sont utilisables, des principes qui sont utilisables,
et ça fait un petit moment.
Alors si on pouvait rêver d’un monde idéal, au CP, on aurait un cours de cerveau.
(Rires)
Imaginez,
revenez au CP.
Le tout premier jour, un prof serait arrivé, il aurait commencé à vous expliquer comment ça fonctionne.
Avant de vous demander de mémoriser un truc, quelqu’un vous aurait appris par exemple comment on mémorise.
Ce serait génial, non ?
Vous imaginez tout le temps gagné.
On nous apprendrait par exemple à mémoriser et à stocker des images.
On nous apprendrait qu’il y a aussi une mémoire auditive, et on nous apprendrait à l’utiliser, à la coupler avec la mémoire visuelle.
On nous apprendrait même qu’il y a une mémoire du corps, des sensations, et que quand on couple une autre mémoire à la mémoire du corps, elle est encore plus efficace.
On nous apprendrait que la mémoire s’entretient, et on sait aujourd’hui que des gens gagnent des concours de mémoire après 60 ans en mémorisant des choses assez étonnantes.
On nous apprendrait donc à mémoriser, et on gagnerait un temps infini dans notre vie.
Après, on y prendrait aussi énormément de plaisir.
On nous apprendrait d’autres choses dans ce cours de cerveau.
En quelques semaines, on saurait mémoriser.
Donc on pourrait passer ensuite à la gestion des émotions.
On apprendrait à transformer le stress par exemple en confiance ou en capacité de dépassement.
On apprendrait à nous concentrer.
On nous apprendrait peut-être à devenir plus créatif.
Or, ça serait que des choses basiques finalement.
Si on faisait ça, on pourrait très facilement changer complètement notre rapport au monde.
Mais il y a encore un problème.
Comprendre ne suffit pas.
On aurait beau savoir exactement comment on fonctionne, on aurait encore du mal à agir sur nous-mêmes.
Parce que je le disais tout à l’heure, nos émotions balayent la raison.
Je peux essayer de me contrôler, on peut même m’expliquer comment je devrais pouvoir me contrôler,
mais si quelque chose m’arrive, la plupart du temps je suis en réaction à ça.
Le cerveau émotionnel va beaucoup plus vite que la réflexion.
Du coup, pour répondre à ce problème-là qui n’est pas nouveau, il y a eu plein de solutions qui ont été créées.
Dans à peu près toutes les civilisations, et aussi loin qu’on remonte dans notre histoire, il y a eu des tentatives de réponse à ça.
Dans certaines civilisations, on appelait ça de la méditation.
Et plein de formes de méditations se sont créées.
On a appelé ça du zen. On a appelé ça du yoga.
On a travaillé avec le mouvement.
On a travaillé avec des rituels, du rythme, de la musique, des psychotropes parfois aussi.
Il y a tout un tas de possibilités qui ont été imaginées.
Elles ont toutes un point commun :
la modification de notre état de conscience.
On s’est très vite aperçu que dans notre état normal, on n’arrivait pas à agir sur le reste.
Sur ce qui était inconscient.
Comme s’il y avait une frontière qui nous en séparait.
Mais dans un état modifié de la conscience, ce genre de choses redevient possible.
Il y a une de ces façons de faire en Occident.
Une façon assez moderne qu’on appelle l’hypnose.
J’ai découvert l’hypnose quand j’étais tout petit.
Juste après le piano.
C’est quelque chose qui m’a passionné.
Aujourd’hui, j’ai la chance de gérer une école où l’on transmet à des centaines de personnes chaque année
des outils qui leur permettent d’utiliser l’hypnose au quotidien.
Les gens qui se forment sont des coachs, des thérapeutes, des communicants, beaucoup de pédagogues,
et tous ont en point commun de comprendre comment on va modifier l’état de conscience pour arriver à agir sur ce qui d’habitude nous échappe.
Je vous ai dit tout à l’heure qu’on commence à avoir une certaine cartographie de tout ça, et évidemment,
on pourrait aussi se dire que ces disciplines modernes, et l’hypnose n’est pas la seule évidemment, peuvent être aussi des mises en application de ce que nous apportent les neurosciences.
L’hypnose, évidemment, souffre de beaucoup de mythes, de clichés, d’images d’Épinal.
La plupart sont véhiculés par le cinéma, la science-fiction.
On retient parfois des images un peu choquantes de tout ça, mais l’hypnose est aussi quelque chose de très, très simple.
En fait, l’hypnose est un état quotidien, et on le traverse tous plusieurs fois par jour.
Hier par exemple, et je pense que vous avez vu ça des milliers de fois, je marchais sur un trajet que je prends très régulièrement, que j’ai dû prendre peut-être des centaines de fois, et à un moment donné, ma pensée a bifurqué, je ne sais pas où elle est partie, mais mon corps a continué à marcher.
Et puis quelques minutes après, ou quelques dizaines de minutes après, je suis arrivé exactement là où je voulais arriver.
Je ne sais pas du tout si je me suis arrêté à tel ou tel endroit.
Si j’ai traversé ou non à tel ou tel endroit.
Si le feu était rouge ou vert et qui j’ai croisé.
Je sais juste que je suis arrivé à destination.
On appelle ça du somnambulisme, non ?
J’ai laissé mon corps faire. Je lui ai fait confiance.
Et on fait tous ça.
Dans cet état, on va dire la plupart du temps, parce qu’on a plein d’expressions pour qualifier ça, qu’on était ailleurs, qu’on était dans les nuages, qu’on était sur la lune, qu’on était sur Mars.
(Rires)
On était ailleurs, ça c’est sûr.
C’est-à-dire qu’on était peut-être beaucoup plus inconscient pendant ce temps-là que conscient de ce qui est en train de nous arriver.
Je crois que ça vous est aussi tous arrivé quelquefois de lire un livre, peut-être le soir en étant un peu fatigué,
et puis à un moment donné, un mot ou une expression ou une image vous fait partir.
Et puis là, les yeux continuent à suivre les lignes, les mains continuent à tourner les pages, et on se réveille trois, quatre pages plus tard.
On n’a aucune idée de ce qu’on a lu pendant ce temps-là.
(Rires)
Notre corps doit se rappeler de quelque chose, mais nous, on se sait pas très bien ce qui s’est passé pendant ce temps-là.
Eh bien c’est juste ça un état d’hypnose.
Mais si on va encore plus loin, on va s’apercevoir que l’état d’hypnose est quelque chose que l’on recherche très souvent dans notre vie, puisqu’a priori, quand on va par exemple au cinéma, ce que l’on veut, c’est être absorbé, hypnotisé par le film.
Quand on ouvre un livre, on veut que ce livre nous hypnotise, que les suggestions qui sont contenues dedans
agissent sur nous pour nous amener dans un état particulier, dans une expérience particulière, pour que l’on rentre dans l’histoire.
Quand on va dans un musée, qu’on s’arrête devant une œuvre d’art, que nos pupilles se dilatent, que l’on vit une émotion, on est hypnotisé par cette œuvre.
Je pense que l’hypnose est l’expérience que l’on recherche le plus dans notre vie.
Celle qui nous sort du banal pour nous amener vers l’émotion.
Vers le vivant.
J’ai même tendance à penser qu’un artiste avant tout a pour but d’hypnotiser les personnes qui vont voir son œuvre.
Ce qui fait de l’hypnose quelque chose d’à la fois très commun et très spécial, puisque c’est peut-être le lien
de toutes ces expériences qui nous marquent et qui nous touchent.
Si on considère que ça c’est l’hypnose, alors tout d’un coup ce n’est plus l’idée d’être endormi ou d’être manipulé, c’est l’idée de prendre le contrôle sur soi.
L’hypnose vient du grec.
Hypnose c’était le dieu du sommeil.
Alors on y voit le coté endormi, mais on pourrait aussi se rappeler qu’Hypnose c’était celui qui restait réveillé quand tout le monde dormait.
Peut-être que l’hypnose est un état de lucidité accrue.
Alors si je résume, on a d’un coté une carte qui commence à se dessiner, une carte de notre cerveau et de nos fonctionnements, et d’un autre coté, là où on avait une frontière, on a maintenant un moyen de transport.
Un véhicule qui nous permet d’accéder à ce qui nous échappe.
Le problème c’est que la plupart du temps, quand on est hypnotisé, on ne l’a pas désiré, ça se fait.
Il nous faudrait quelqu’un qui sache nous conduire dans cet état-là.
C’est a priori ce qu’apprend à faire un praticien en hypnose.
Il va apprendre à découvrir le cheminement par lequel on peut dépasser notre conscience habituelle.
Déplacer notre niveau de conscience.
Ça passe par des jeux la plupart du temps.
Un jeu mental.
Un jeu qu’on peut faire avec nous-mêmes.
Alors, avant qu’il y ait un cours de cerveau au CP, on pourrait peut-être le faire en tant qu’adulte.
Et on peut pousser l’idée encore un peu plus loin.
Si on considère que notre cerveau est une sorte d’immense récepteur à suggestions, nos sens en permanence captent de l’information.
On est bombardé d’informations depuis le premier instant de notre vie.
Ce sont en fait des milliards et des milliards de suggestions qui modèlent notre perception, qui finissent pas nous créer une vision du monde à partir de laquelle on se crée notre identité, notre subjectivité et donc notre personnalité.
On pourrait presque se dire qu’on est déjà tous hypnotisés finalement par toutes ces suggestions.
Ce qu’on nous a dit, ce qu’on nous a appris, les croyances, les idées qu’on a pu lire, entendre,
ressentir, déduire, et tout ça donc crée notre personnalité.
Personnalité ça vient du grec « personæ ».
Vous savez, c’est le masque.
C’est le masque qu’on choisit de revêtir pour se confronter à la réalité.
Ça pourrait sous-entendre qu’il y en a plusieurs, des masques.
Plusieurs masques potentiels.
Qu’on pourrait peut-être changer, jouer avec ça.
Je lisais un article il y a quelque temps, qui disait que le matin, quand on était en train de se préparer,
sans doute quand on sort de notre douche, on met environ une minute trente – entre le moment où l’on ouvre notre penderie – pour regarder toutes les possibilités qui s’offrent à nous.
Pour choisir à quoi on va ressembler aujourd’hui.
On sait très bien que si on s’habille en costume ou en short et en tongs, on ne va pas refléter la même chose.
Qu’on va influencer des gens qui vont nous voir, et qu’on va s’influencer nous-mêmes.
On va modifier la perception qu’on donne et celle qu’on ressent nous-mêmes.
Alors, imaginez qu’à côté de votre penderie habituelle, réelle, il y ait une penderie virtuelle, imaginaire, mentale.
On l’ouvrirait, et il y aurait toutes les possibilités de nous-mêmes.
Tous nos masques possibles.
On pourrait les regarder et se demander :
« De quoi on a besoin aujourd’hui ?
Est-ce qu’on a besoin d’être plus créatif, plus libre, plus concentré ? »
On pourrait regarder tout ça et se demander :
« A quoi on va ressembler émotionnellement ? »
Si on prenait quelques instants pour faire ça,
on changerait sans doute de possibilités chaque jour.
On modèlerait notre identité à partir de plein de possibilités, et à aucun moment on finirait par se prendre au sérieux en pensant qu’on a un masque seul et unique.
On pourrait s’en amuser, en jouer.
Peut-être même qu’un jour en regardant tous ces masques, en se demandant lequel on pourrait mettre,
on pourrait se dire : « Aujourd’hui pas de masque, » et juste voir ce que ça donne.
Je pense que c’est souvent la multiplication des expériences qui nous rend libre.
Alors avant de vous laisser, je vais vous proposer une chose, je vais même vous demander une chose :
Demain quand vous allez vous réveiller, quand vous allez vous demander :
«Quels vêtements je vais mettre ? » à cet instant-là, surtout ne pensez pas à une penderie mentale.
(Rires)
Merci à vous.
(Applaudissements)

 

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